Titre

"Prendre soin de soi, pour prendre soin des autres"

Relation Enseignant/Enseigné - 1 


Avant de définir et d’expliquer ce que signifie l’expression Japonaise « KAJI », j’aimerai souligner quelles peuvent être les différentes formes de relation entre « Enseignant » et « Enseigné ».

Dans toute transmission d’un savoir (ou d’un art), la nature de la relation entre celui qui enseigne et celui qui reçoit l’enseignement,  varie selon le positionnement de chacune des parties. Elle peut évoluer dans le temps et se met en place dés le début de la rencontre, de façon implicite ou verbale. C’est ainsi que la relation peut être de type : « Professeur – Client », « Professeur – Elève », « Maître - Client », « Maître – Elève » ou « Maître – Disciple ». En fonction de la terminologie, nous connaissons la nature des rapports qu’entretiennent les protagonistes. Dans les deux premiers cas, on nomme Enseignant celui qui transmet le savoir : professeur, instructeur, formateur, initiateur… Dans les trois autres, on l’appelle Maître ou Guide. Quant à celui qui reçoit l’enseignement, il peut avoir le statut de : client, élève ou disciple.

J’affectionne particulièrement l’expression « Enseigneur » à la place d’enseignant, elle m’est apparue au fil de cet article. Je la trouve empreinte d’une touche de grâce et de noblesse ; qualités que l’on  retrouve parfois chez certains transmetteurs. En effet, qu’y a t-il de plus beau et de plus noble que de pouvoir accompagner une personne sur la Voie qu’elle a choisie ?

Pour la clarté de mon exposé et bien qu’on puisse trouver quelques similitudes, je m’abstiendrai d’évoquer les types de rapports entre enseignants et enseignés dans notre système scolaire (écoles primaires, lycées, collèges, universités…).

                                                                                                 Relation Professeur/Client et Professeur/Elève
Dans notre société Occidentale, si vous vous inscrivez à un cours de danse, de yoga, de peinture, de musique ou autre, les rapports sont le plus souvent de type : professeur/client ou professeur/élève. Il est clair que dans la relation professeur/client, le transmetteur n’a pas de véritable revendication envers l’apprenti. Le client paie pour une prestation et il reçoit ce qu’il est venu chercher. Chacune des parties honore sa part du contrat et tout va bien.
Considérons maintenant la relation professeur/élève. L’apprenti est toujours un client, dans le sens où il rémunère son formateur. Cependant, des liens plus étroits ont commencé à être tissés entre eux. C’est à dire que l’apprenti commence à prendre goût à ce qu’il fait (l’appétit vient en mangeant, dit-on) et il s’investit de plus en plus dans sa pratique ou l’étude de son art. Sans cesse demandeur, il sollicite fréquemment son instructeur. Ce dernier apprécie généralement cet appel, reçu comme une forme de reconnaissance de la pratique transmise. Une évolution dans la relation se crée, l’élève passe sans que ce soit toujours formulé, du statut de « client » à celui « d’élève ». Le professeur devient plus exigeant, car il tient à nourrir ses besoins et de son côté il s’investit comparativement, pour l’aider à hausser son niveau de pratique. La confiance et le respect mutuel se renforcent. Ces ingrédients seront indispensables pour que leur collaboration soit saine et qu’elle perdure. Ils leur permettront de franchir aisément, notamment du point de vue de l’élève, certaines difficultés inhérentes à toute aventure humaine et à toute collaboration.
                                                                              
                                                                                                          Relation Maître/Client et Maître/Elève
Lorsque nous avons pour « Enseigneur », non plus un professeur mais un Maître (dans le vrai sens du terme) ; celui-ci est également par nature, courtois, bienveillant et tolérant vis-à-vis de ses clients. Si l’un d’eux le sollicite pour devenir son élève, il pourra refuser. Pas nécessairement parce que le prétendant a des lacunes physiques ; mais plus sûrement parce qu’il aura jugé que ce client ne présente pas à ses yeux, certaines valeurs morales. En revanche, si la requête est acceptée son statut change et leurs rapports également. Comme il a été souligné dans la relation professeur – élève, le Maître sera plus précis mais aussi plus ferme pour l’aider à se perfectionner.Outre le fait qu’il lui demande davantage d’efforts sur le plan physique, il stimule son attention, l’incite à développer son sens de l’observation, son intuition et la compréhension de son art, de façon générale. Sur le plan de l’éthique, il s’efforce de lui transmettre certaines valeurs : Honneur, Respect, Honnêteté, Tolérance, Patience, Discernement, Reconnaissance, Humilité, sens des responsabilités… A ce propos, il lui inculque qu’étant son élève il doit être représentatif de son école et que son attitude dans la vie, doit être le reflet des enseignements qu’il reçoit. Il lui fait prendre conscience que s’il s’écarte des valeurs transmises, il s’écarte en même temps de son Guide, qui pourra le « remercier ».
Nous observons que tout cela mit bout à bout, change considérablement la profondeur de ce qui est transmis, selon que vous soyez « Client » ou « Elève ». 


                                                                                                                          Relation Maître/Disciple
Il arrive quelque fois qu’un élève aspire à devenir « Disciple » du Maître. C’est une position qui était encore relativement fréquente, jusqu’au début de XXème siècle au Japon. En effet, les Maîtres Japonais (quel que soit l’Art enseigné) acceptaient au compte goutte quelques disciples. La plupart n’en ont pas eu plus de 3 ou 4 tout au long de leur existence. De nos jours, ce type de relation est de moins en moins courant. Il faut bien comprendre, que lorsqu’un Maître accepte de prendre un disciple, non seulement il s’engage à le guider sur la « Voie », mais il le prend également en charge sur le plan matériel. C’est à dire que le disciple vit et dort chez lui, il le nourrit comme son propre fils et pourvoit à tous ses besoins. De son côté, en dehors des temps de pratique, le disciple contribue aux tâches familiales. Il s’occupe de l’entretien du Dojo (Dojo : lieu où on pratique la Voie. Do « Voie » - Jo « Lieu »), fait les courses, etc.
Leur relation est étroite et le Maître a une vue permanente sur lui. Sa façon d’étudier, de se tenir, d’écouter, de recevoir l’enseignement, rien ne lui échappe. Tout dans leur relation contribue à son apprentissage et c’est à travers celle-ci que peut naître la notion  de KAJI. Je parle de « notion » car ce mot exprime plusieurs aspects. 

                                                                                                                           Définition de « KAJI »
Par exemple en Reiki, KAJI peut être compris comme le moment précis du « REIJU » ou de « l’INITIATION ». En effet, c’est le moment où il y a la transmission de la capacité à percevoir davantage d’énergie de vie, et c’est le moment précis où il y a quelque chose qui est reçu, qui est comme une Bénédiction. Cela revient à donner à l’élève, la capacité d’être un canal pur afin que l’énergie Reiki puisse le traverser, pour être prodiguée à une autre personne ou à lui-même. 

Définition d’Isabelle PADOVANI (Enseignante en ONSEI-DO. www.onsei-do.com) :
KAJI désigne le moment où l’énergie ou l’essence du transmetteur se met en contact direct avec l’essence de celui avec lequel il se relie.
Si on étudie ce mot, cela nous donne : KA : Incarnation de l’Amour, de la Lumière.  
                                                                           JI : Pour que ce soit transmis en direct.
C’est la transmission directe KAJI. C’est vraiment la Bénédiction, l’élan du cœur de celui qui transmet dans l’énergie, à celui qui reçoit « I SHIN DEN SHIN ». 
 
Ecoutons maintenant les propos de Noriko MATSUZAWA (Maître de calligraphie). Elle nous donne un sens plus large de la notion de KAJI :
« Dans le Bouddhisme, le KAJI ça veut dire aussi que si vous avez un Bouddha chez vous, vous entretenez une relation avec ce Bouddha. Tous les jours vous faites des gestes pour l’Honorer, vous le nettoyez, vous lui faites des offrandes, vous dites des Prières etc. Ça en fait, c’est KAJI ! C'est à dire que si on fait ça, on se donne, on s’offre à lui et en fait, c’est ce qui l’amène à nous visiter et c’est aussi ce qui fait, que nous on le reçoit. Dans ce sens, c’est HONORER ! »     

On se rend compte à travers ces quelques lignes, que la Relation entre « Enseigneur » et Enseigné dans le rapport Maître/Disciple devient l’enseignement. Si le Maître comme on l’a déjà souligné, à une vue constante sur le disciple, ce dernier en revanche se nourrit de tout ce qui émane de son Maître. Sa façon de s’exprimer, de regarder, de bouger, de respirer, ses postures… La notion de KAJI est omniprésente, chaque instant de vie partagé est un enseignement pour le disciple. Toutes les tâches auxquelles il participe et qu’il accomplit pour soulager la charge de son Guide sont également KAJI. Dans ces conditions, les KAJI c’est toute la journée. Le lien énergétique se tisse en permanence entre le Maître et le disciple et il se renforce au fil du temps.
Dans votre relation, si vous sentez dans votre cœur, dans l’instant, la qualité de présence qui est là, alors le KAJI est inusable, alors il y a transmission. Nous devons bien reconnaître que de nos jours, nous ne vivons pas (ou pas pleinement) ce principe de vie qui est vécu naturellement au Japon. Cela demande du temps, hors nous, nous avons la fâcheuse habitude de toujours vouloir un retour immédiat sur investissement. On ne prend pas le même espace intérieur, on ne s’accorde pas suffisamment de temps. Ne soyons donc pas surpris ensuite, de ne pas avoir les mêmes résultats.
Si ce type de relation est favorable pour faire d’un « apprenti » un « expert », dans certaines voies spirituelles il est indispensable pour que le Maître puisse guider le disciple sur la voie de la Libération intérieure.

                                                                                                                          ( A suivre - 2° Partie )
                                                                                                    

                                                                                                                                 Janvier 2010